L’odieux dans la russophobie
Attentat sur les Champs Elysées : le maire PS de Paris 4ème ne recule devant rien : il accuse Poutine !!!
21h47 : Christophe Girard, conseiller régional d’Île-de-France, maire du 4e arrondissement de Paris, par ailleurs membre du Parti socialiste et chargé du projet Culture dans la campagne de Vincent Peillon pour la primaire citoyenne de 2017, réagit à la fusillade qui vient d’ébranler les Champs-Élysées. Il s’étonne du timing de l’attaque, à trois jours seulement du premier tour de l’élection présidentielle, et tourne d’emblée son regard vers le président russe :
Attentat en France à quelques jours de l’élection présidentielle Comme c’est étrange ! allez interroger M Poutine par exemple
— Christophe Girard (@cgirard) 20 avril 2017
Voici une copie du tweet polémique, qui a été effacé au bout de quelques heures :
Christophe Girard retweete ensuite un message affirmant que les terroristes veulent fausser l’élection, et la faire pencher en faveur de la présidente du Front national :
A 21h53, il précise sa pensée, exprimée dans son premier tweet, insinuant que le maître du Kremlin pourrait être le commanditaire de l’attentat :
A 22h04, l’économiste Jacques Sapir, qui lutte à sa façon contre la “russophobie” ambiante en collaborant avec divers médias russes, dont Sputnik, réagit fermement aux allégations “complotistes” de Christophe Girard :
De nombreux internautes se montrent tout aussi outrés par les propos du cacique socialiste :
Comme le mentionne l’une des internautes, la Russie a été frappée par le terrorisme, le 3 avril, à Saint-Pétersbourg. A cette occasion, c’est Garry Kasparov qui avait immédiatement mis en cause Vladimir Poutine, qui aurait, selon lui, organisé ou laissé sciemment se produire l’attentat, afin de détourner l’attention des manifestations populaires dénonçant la corruption du régime. L’ancien champion d’échecs a lancé ses accusations sur CNN, sans rencontrer de contradiction ; il a aussi été complaisamment relayé par Newsweek.
Malgré les protestations sur Twitter, Christophe Girard ne plie pas ; il assume ses propos :
Alors qu’un internaute lui affirme que Poutine lutte contre le terrorisme en Russie, l’homme politique marque une vive réserve :
Un autre internaute lui demande de ne pas supprimer son tweet litigieux ; c’est alors que le politicien prétend que les services de renseignement américains avaient prévu l’attentat à Paris :
Puis, interpellé vertement par le journaliste Pierre Jovanovic, qui lui demande des preuves de ce qu’il avance, Christophe Girard lui répond qu’il a été “alerté comme beaucoup de manipulations possibles venues de pays proches pour perturber notre élection“.
Les insinuations de l’élu socialiste sont si graves qu’il ne peut plus se réfugier derrière ses quelques tweets sybillins ; il doit révéler les avertissements qu’il prétend avoir reçus (en provenance du renseignement américain), comme d’ailleurs beaucoup d’autres personnes, selon ses dires.
Le conspirationnisme, ce n’est pas émettre des soupçons de machination sur la base d’informations nombreuses et sérieuses, et en discuter avec prudence ; non, le conspirationnisme, c’est accuser d’une machination, sans aucune preuve, ni même le moindre début d’indice, celui à qui semble profiter le crime (en l’occurrence Marine Le Pen, que Vladimir Poutine voudrait faire élire à tout prix, y compris en semant la terreur à Paris). En ce sens, on peut dire que les propos de Christophe Girard (en l’état, sans plus de précisions) relèvent, stricto sensu, du conspirationnisme.
Si l’on se réfère à la page du site du ministère de l’Éducation nationale consacrée à la Journée d’étude “Réagir face aux théories du complot”, organisée le 9 février 2016 par Najat Valaud-Belkacem, on lit ceci :
À qui profite le crime ?
Il s’agit d’un topos caractéristique qui permet de reconstruire les événements a posteriori en démontrant qu’ils ont finalement atteint le but qui est censé être celui du complot. Ainsi, certaines théories du complot autour du 11 septembre partent du principe que le gouvernement américain souhaitait mener une guerre en Irak pour s’approprier son pétrole et considèrent donc que ce dernier est celui qui profite le plus du 11 septembre.
Une intention derrière chaque événement
Les théories du complot suivent une forme d’hypothèse intentionnaliste qui part du principe qu’il n’existe aucun événement sans qu’il n’y ait derrière un acteur caché qui en profite.
Christophe Girard n’a manifestement pas été très sensible à l’effort pédagogique du ministère de l’Éducation nationale.
Il est d’ailleurs à noter qu’au moment même où Christophe Girard proférait en toute impunité ses allégations sur Twitter, David Pujadas demandait presque à Jacques Cheminade de s’excuser pour ses propos sceptiques sur le 11-Septembre. Le candidat a répondu factuellement, en rappelant les informations compromettantes pour l’Arabie saoudite contenues dans les 29 pages du rapport du Congrès, qui ont été rendues publiques (avec de nombreux caviardages) le 15 juillet 2016, et qui suffisent à montrer clairement que toute la lumière n’a pas été faite sur cette affaire.
Il ne reste plus à Christophe Girard qu’à en faire autant : documenter a minima ses soupçons, et même ses accusations.